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Cours de maths 1ère : Variables aléatoires et loi binomiale

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Cours de maths 1ère : Variables aléatoires et loi binomiale

Combien de tirs réussis sur dix lancers francs ? Combien de pièces défectueuses dans un lot ? Combien de bonnes réponses en répondant au hasard à un questionnaire ? Dans tous ces cas, un nombre dépend du hasard. Dans ce chapitre, tu apprends à décrire un tel nombre (variable aléatoire, loi, espérance, variance), puis tu rencontres le modèle le plus utile des probabilités du lycée : la loi binomiale. Mathbot t’attend pour les calculs !

1. Variable aléatoire et loi de probabilité

Rappel : une expérience aléatoire a un ensemble d’issues, noté Ω. Une probabilité P associe à chaque événement un nombre entre 0 et 1.

Variable aléatoire réelle

Une variable aléatoire X sur Ω est une fonction qui associe à chaque issue un nombre réel. L’événement « X = x » est l’ensemble des issues auxquelles X associe le nombre x ; on note sa probabilité P(X = x).

Loi de probabilité

Si X prend les valeurs x1, x2, …, xr, la loi de probabilité de X est la donnée des nombres P(X = xi), en général dans un tableau. Ces probabilités sont comprises entre 0 et 1 et leur somme vaut 1.

Exemple : un jeu de dé

On lance un dé équilibré à six faces. Sur un 6, on gagne 8 € ; sur un 4 ou un 5, on gagne 2 € ; sur 1, 2 ou 3, on perd 3 €. Le gain X est une variable aléatoire.

xi −3 2 8
P(X = xi) 12 13 16

Vérification : 12 + 13 + 16 = 1. On calcule par exemple P(X ≥ 2) = 13 + 16 = 12.

Piège

« X = 2 » est un événement, pas une probabilité : on écrit P(X = 2). Et deux issues différentes peuvent donner la même valeur de X : leurs probabilités s’additionnent.

2. Espérance, variance et écart-type

Espérance

L’espérance de X est le nombre E(X) = x1 P(X = x1) + x2 P(X = x2) + … + xr P(X = xr). C’est la valeur moyenne de X si l’on répète l’expérience un très grand nombre de fois.

Variance et écart-type

La variance est V(X) = Σ P(X = xi) (xi − E(X))², c’est-à-dire la moyenne des carrés des écarts à l’espérance. L’écart-type est σ(X) = √V(X). Plus il est grand, plus les valeurs de X sont dispersées.

Formule de König-Huygens

V(X) = E(X²) − (E(X))², où E(X²) = Σ P(X = xi) xi².

Démonstration. Avec m = E(X), on développe (xi − m)² = xi² − 2m xi + m². Donc V(X) = Σ P(X = xi) xi² − 2m Σ P(X = xi) xi + m² Σ P(X = xi) = E(X²) − 2m² + m² = E(X²) − m².

Suite du jeu de dé

E(X) = (−3) × 12 + 2 × 13 + 8 × 16 = −96 + 46 + 86 = 36 = 0,5. En moyenne, on gagne 0,5 € par partie.

E(X²) = 9 × 12 + 4 × 13 + 64 × 16 = 996 = 16,5, donc V(X) = 16,5 − 0,25 = 16,25 et σ(X) = √16,25 ≈ 4,03 €.

Transformation affine

Pour tous réels a et b : E(aX + b) = a E(X) + b, V(aX + b) = a² V(X) et σ(aX + b) = |a| σ(X).

Astuce

Ajouter b décale toutes les valeurs : la moyenne bouge, mais pas la dispersion. Multiplier par a étire les écarts : la variance est multipliée par a². Si on double les gains (Y = 2X), la moyenne double mais la variance est multipliée par 4.

Jeu équitable

Un jeu où X est le gain algébrique (gain moins mise) est équitable quand E(X) = 0.

3. Épreuve de Bernoulli et loi de Bernoulli

Épreuve et loi de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire à deux issues seulement : le succès S, de probabilité p, et l’échec É, de probabilité q = 1 − p. La variable aléatoire X qui vaut 1 en cas de succès et 0 en cas d’échec suit la loi de Bernoulli de paramètre p.

xi 0 1
P(X = xi) 1 − p p
Espérance et variance

Si X suit la loi de Bernoulli de paramètre p : E(X) = p et V(X) = p(1 − p).

Démonstration. E(X) = 0 × (1 − p) + 1 × p = p. E(X²) = 0² × (1 − p) + 1² × p = p, donc V(X) = p − p² = p(1 − p).

Exemple

On tire une carte dans un jeu de 32 cartes ; le succès est « obtenir un cœur ». C’est une épreuve de Bernoulli de paramètre p = 832 = 14. Un lancer de dé où l’on note la face (six issues) n’en est pas une, mais « obtenir un 6 ou non » en est une, avec p = 16.

4. Schéma de Bernoulli

Schéma de Bernoulli

Un schéma de Bernoulli de paramètres n et p est la répétition de n épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, chacune de probabilité de succès p. Un résultat est une liste de n issues, par exemple SÉS pour n = 3.

L’indépendance permet de multiplier les probabilités le long d’une branche de l’arbre. Voici l’arbre pour n = 3 (p sur les branches « succès », q = 1 − p sur les branches « échec »).

pqpqpqpqpqpqpqSSS (3 succès)SSÉ (2 succès)SÉS (2 succès)SÉÉ (1 succès)ÉSS (2 succès)ÉSÉ (1 succès)ÉÉS (1 succès)ÉÉÉ (0 succès)

Exemple

Pour p = 0,4 et n = 3, la probabilité de SÉS est 0,4 × 0,6 × 0,4 = 0,096. Les listes SSÉ, SÉS et ÉSS ont chacune deux succès et la même probabilité 0,4² × 0,6 = 0,096. La probabilité d’avoir exactement deux succès est donc 3 × 0,096 = 0,288.

Le nombre de chemins de l’arbre qui contiennent exactement k succès joue donc un rôle essentiel : il faut apprendre à le calculer.

5. Coefficients binomiaux

Coefficient binomial

Pour 0 ≤ k ≤ n, le coefficient binomial « k parmi n », noté C(n ; k), est le nombre de chemins de l’arbre de n répétitions qui réalisent exactement k succès. (Dans les manuels, il se note aussi avec n au-dessus de k entre grandes parenthèses.)

Propriétés

  • C(n ; 0) = C(n ; n) = 1 (un seul chemin : que des échecs, ou que des succès) ;
  • C(n ; 1) = C(n ; n − 1) = n ;
  • Symétrie : C(n ; k) = C(n ; n − k) ;
  • Relation de Pascal : C(n ; k) + C(n ; k + 1) = C(n + 1 ; k + 1) ;
  • C(n ; 0) + C(n ; 1) + … + C(n ; n) = 2n (nombre total de chemins).

Justification de Pascal. Parmi les chemins de n + 1 épreuves ayant k + 1 succès, regarde la dernière épreuve. Si c’est un échec, les n premières épreuves ont k + 1 succès : C(n ; k + 1) chemins. Si c’est un succès, les n premières ont k succès : C(n ; k) chemins. On additionne.

La relation de Pascal fournit le triangle de Pascal : chaque nombre est la somme des deux nombres situés au-dessus de lui.

n \ k 0 1 2 3 4 5 6 7
0 1
1 1 1
2 1 2 1
3 1 3 3 1
4 1 4 6 4 1
5 1 5 10 10 5 1
6 1 6 15 20 15 6 1
7 1 7 21 35 35 21 7 1
Calculer C(n ; k)

  • Avec la calculatrice : touche nCr (ou « Combinaison »), on saisit n puis k.
  • À la main, pour les petites valeurs : triangle de Pascal, ou la formule C(n ; k) = n! ÷ (k! (n − k)!), où n! = 1 × 2 × … × n et 0! = 1.
Exemple

C(7 ; 3) = 7! ÷ (3! × 4!) = 5040 ÷ (6 × 24) = 35. On vérifie avec Pascal : C(6 ; 2) + C(6 ; 3) = 15 + 20 = 35. Par symétrie, C(7 ; 4) = 35.

6. La loi binomiale

Loi binomiale

On répète n fois, de façon identique et indépendante, une épreuve de Bernoulli de probabilité de succès p. La variable aléatoire X qui compte le nombre de succès suit la loi binomiale de paramètres n et p, notée B(n ; p).

Formule

Si X suit B(n ; p), alors pour tout entier k de 0 à n :
P(X = k) = C(n ; k) × pk × (1 − p)n − k.

Démonstration. Un chemin de l’arbre qui contient k succès et n − k échecs a pour probabilité pk (1 − p)n − k (produit le long de la branche). Il y a C(n ; k) tels chemins, tous incompatibles : on additionne leurs probabilités.

Reconnaître et utiliser une loi binomiale

  1. Repère l’épreuve de Bernoulli et définis le succès ; donne p.
  2. Vérifie que les n répétitions sont identiques et indépendantes (tirage avec remise, lancers…) ; n est fixé à l’avance.
  3. Conclus : « X suit la loi binomiale B(n ; p) » et applique la formule.
Exemple : les lancers francs

Une basketteuse réussit un lancer franc avec la probabilité 0,8. Elle en tente 5, indépendamment. Le nombre X de paniers suit B(5 ; 0,8).

P(X = 3) = C(5 ; 3) × 0,8³ × 0,2² = 10 × 0,512 × 0,04 = 0,205.

k 0 1 2 3 4 5
P(X = k) 0,000 0,006 0,051 0,205 0,410 0,328

P(X ≥ 4) = P(X = 4) + P(X = 5) = 0,410 + 0,328 = 0,737.

00,10,20,30,40,5012345k — loi B(5 ; 0,8)

Piège

Un tirage sans remise dans une urne n’est pas une répétition indépendante : le nombre de boules rouges tirées ne suit pas une loi binomiale. De même, « lancer jusqu’à obtenir un 6 » n’est pas binomial : le nombre d’épreuves n’est pas fixé.

La forme du diagramme dépend de p : symétrique pour p = 0,5, penchée à gauche pour un petit p, à droite pour un grand p.

00,10,20,3012345678910k — loi B(10 ; 0,5)
00,10,20,30,4012345678910k — loi B(10 ; 0,2)

7. Espérance et variance de la loi binomiale

Espérance, variance, écart-type

Si X suit B(n ; p), alors E(X) = n p, V(X) = n p (1 − p) et σ(X) = √(n p (1 − p)).

Idée : X est la somme de n variables de Bernoulli indépendantes, chacune d’espérance p et de variance p(1 − p) ; les espérances s’additionnent toujours, et les variances aussi lorsque les variables sont indépendantes (propriété admise).

Exemple

Pour B(5 ; 0,8) : E(X) = 5 × 0,8 = 4 paniers, V(X) = 5 × 0,8 × 0,2 = 0,8 et σ(X) = √0,8 ≈ 0,89. Sur un grand nombre de séries de 5 lancers, la basketteuse marque en moyenne 4 paniers par série.

Astuce

Vérifie la cohérence : E(X) = n p doit se trouver au centre de la « bosse » du diagramme en bâtons, et σ(X) mesure la largeur de cette bosse.

8. Calculs de probabilités avec la loi binomiale

Événements usuels

  • P(X ≥ a) ou P(X ≤ a) : somme de probabilités élémentaires ; si c’est plus court, passe par l’événement contraire : P(X ≥ a) = 1 − P(X ≤ a − 1).
  • « Au moins un succès » : P(X ≥ 1) = 1 − P(X = 0) = 1 − (1 − p)n.
  • Avec la calculatrice : « binomFdp » (ou BinomialPD) donne P(X = k) ; « binomFRép » (ou BinomialCD) donne P(X ≤ k).
Exemple

Une machine fabrique des pièces dont 4 % sont défectueuses ; on prélève 30 pièces (assimilé à un tirage avec remise). X suit B(30 ; 0,04). P(au moins une défectueuse) = 1 − 0,9630 ≈ 0,706.

Trouver le plus petit n tel que P(X ≥ 1) ≥ s

On résout 1 − (1 − p)n ≥ s, soit (1 − p)n ≤ 1 − s. On teste des valeurs de n avec la calculatrice (tableau de valeurs, ou programme Python) jusqu’à franchir le seuil. Exemple : pour p = 0,1 et s = 0,9, on trouve n = 22 car 0,922 ≈ 0,098 ≤ 0,1 alors que 0,921 ≈ 0,109 > 0,1.

9. Simulation avec Python

On peut simuler une loi binomiale : on répète l’expérience un grand nombre de fois et on observe la moyenne des résultats, qui se rapproche de l’espérance.

import random

def bernoulli(p):
    if random.random() < p:
        return 1      # succès
    return 0          # échec

def binomiale(n, p):
    s = 0
    for i in range(n):
        s = s + bernoulli(p)
    return s

def moyenne(n, p, N):
    total = 0
    for i in range(N):
        total = total + binomiale(n, p)
    return total / N

print(moyenne(10, 0.3, 10000))

random.random() renvoie un nombre « au hasard » entre 0 et 1 ; la condition random.random() < p est vraie avec la probabilité p. Le programme affiche une valeur proche de n p = 10 × 0,3 = 3 ; elle change à chaque exécution, mais s’en approche d’autant mieux que N est grand.

Astuce de Mathbot

Pour calculer exactement P(X = k), utilise from math import comb puis comb(n, k) * p**k * (1 - p)**(n - k).

À retenir

  • Une variable aléatoire associe un réel à chaque issue ; sa loi est le tableau des P(X = xi), de somme 1.
  • E(X) = Σ xi P(X = xi) ; V(X) = Σ P(X = xi)(xi − E(X))² = E(X²) − (E(X))² ; σ(X) = √V(X).
  • E(aX + b) = a E(X) + b ; V(aX + b) = a² V(X).
  • Épreuve de Bernoulli : deux issues, succès de probabilité p. Loi de Bernoulli : E = p, V = p(1 − p).
  • Schéma de Bernoulli : n épreuves identiques et indépendantes ; on multiplie le long d’une branche.
  • C(n ; k) = nombre de chemins à k succès ; C(n ; k) = C(n ; n − k) ; relation de Pascal ; formule n! ÷ (k! (n − k)!).
  • X suit B(n ; p) : P(X = k) = C(n ; k) pk (1 − p)n − k.
  • E(X) = n p ; V(X) = n p (1 − p) ; P(X ≥ 1) = 1 − (1 − p)n.
  • Avant d’écrire « loi binomiale », justifie : deux issues, probabilité constante, répétitions indépendantes, n fixé.