Aller au contenu
Accueil › Cours de maths › Limites de suites : cours de maths Terminale

Limites de suites : cours de maths Terminale

  • par
Rate this post
Cours de maths Terminale : cours de maths Terminale

Que devient le nombre de bactéries d’une culture au bout de très longtemps ? Et la quantité de médicament restant dans le sang après des dizaines de prises ? Étudier la limite d’une suite, c’est prédire le comportement de u_n lorsque n devient immense. Dans ce chapitre, tu apprends à dire si une suite explose, se stabilise ou ne se décide pas, à calculer des limites avec des règles sûres, à lever les cas douteux, à encadrer une suite pour la piéger, à maîtriser les suites géométriques, et à écrire un programme Python qui cherche à partir de quel rang une valeur est dépassée.

1. Rappels : suites, monotonie, majorant

Une suite (un) associe à chaque entier n (à partir d’un certain rang) un réel un. Tu l’as définie de deux façons : explicitement (un = 3n + 2) ou par récurrence (u0 = 1 et un+1 = 0,5 un + 4). Voici le vocabulaire utile pour la suite du chapitre.

  • (un) est croissante si un+1 ≥ un pour tout n ; décroissante si un+1 ≤ un ; monotone si elle est l’un ou l’autre. Pour le prouver, on étudie le signe de un+1 − un (ou on compare un+1/un à 1 si tous les termes sont strictement positifs).
  • (un) est majorée s’il existe un réel M tel que un ≤ M pour tout n ; minorée s’il existe m tel que un ≥ m ; bornée si elle est les deux.
  • Le raisonnement par récurrence démontre qu’une propriété P(n) est vraie pour tout n ≥ n0 : on vérifie P(n0) (initialisation), puis on prouve que P(n) ⇒ P(n+1) (hérédité).
Inégalité de Bernoulli

Pour tout réel a ≥ 0 (et même a ≥ −1) et tout entier n ≥ 0 : (1 + a)n ≥ 1 + na.

Démonstration. Par récurrence sur n. Initialisation : pour n = 0, (1 + a)0 = 1 ≥ 1 + 0. Hérédité : supposons (1 + a)n ≥ 1 + na pour un entier n. Comme 1 + a ≥ 0, on multiplie par (1 + a) : (1 + a)n+1 ≥ (1 + na)(1 + a) = 1 + (n + 1)a + na² ≥ 1 + (n + 1)a, car na² ≥ 0. La propriété est donc vraie au rang n + 1, donc pour tout n.

2. Limite infinie

Limite +∞ et −∞

On dit que (un) tend vers +∞ si tout intervalle [A ; +∞[ contient tous les termes un à partir d’un certain rang. Autrement dit : quel que soit le réel A, on a un ≥ A dès que n est assez grand. On écrit limn→+∞ un = +∞.

De même, (un) tend vers −∞ si, pour tout réel A, on a un ≤ A à partir d’un certain rang : limn→+∞ un = −∞.

Limites de référence

limn→+∞ n = +∞ ; limn→+∞ n² = +∞ ; limn→+∞ nk = +∞ pour tout entier k ≥ 1 ; limn→+∞ √n = +∞.

Trouver un rang à partir duquel on dépasse A

Soit un = 3n + 2. On veut un > 1 000. On résout 3n + 2 > 1 000 ⇔ n > 332,67. Donc un > 1 000 dès que n ≥ 333. Comme on peut faire de même avec n’importe quel A, limn→+∞ un = +∞.

Suite croissante non majorée

Toute suite croissante et non majorée tend vers +∞.

Démonstration. Soit A un réel. Comme (un) n’est pas majorée, A n’est pas un majorant : il existe un rang p tel que up > A. La suite étant croissante, pour tout n ≥ p, un ≥ up > A. Ainsi tout intervalle [A ; +∞[ contient les termes à partir du rang p : limn→+∞ un = +∞.

Piège

Une suite qui tend vers +∞ n’est pas forcément croissante : un = n + 2(−1)n tend vers +∞ mais n’est pas monotone. Et une suite non majorée ne tend pas forcément vers +∞ : un = n × (1 + (−1)n) vaut 0 pour n impair, et 2n pour n pair.

3. Limite finie et convergence

Suite convergente

La suite (un) converge vers le réel ℓ si tout intervalle ouvert contenant ℓ contient tous les termes un à partir d’un certain rang. On écrit limn→+∞ un = ℓ. Une suite qui ne converge pas est dite divergente (elle tend vers ±∞, ou elle n’a pas de limite).

Concrètement, tu choisis une « bande » aussi étroite que tu veux autour de ℓ, par exemple ]ℓ − 0,001 ; ℓ + 0,001[ : les termes finissent tous par y rester. Sur la figure, la bande orangée autour de ℓ = 2 contient les points à partir du rang 10.

ℓ = 224681012141618201234n

Unicité et limites de référence

Si une suite converge, sa limite est unique. Et :

limn→+∞ 1/n = 0 ; limn→+∞ 1/n² = 0 ; limn→+∞ 1/nk = 0 (k entier ≥ 1) ; limn→+∞ 1/√n = 0. Une suite constante égale à c converge vers c.

Une suite convergente est bornée

Si (un) converge, alors elle est bornée. La réciproque est fausse : un = (−1)n est bornée mais n’a pas de limite.

Piège

Ne confonds pas « n’a pas de limite » et « tend vers l’infini ». La suite (−1)n alterne entre −1 et 1 : elle est divergente sans tendre vers +∞ ni −∞. Ne dis jamais que sa limite « est 1 » ou « est −1 ».

4. Opérations sur les limites

Dans les tableaux suivants, ℓ et ℓ′ sont des réels, et « F.I. » désigne une forme indéterminée : on ne peut pas conclure directement (voir la partie 5).

Somme limn→+∞(un + vn)

limn→+∞ un ℓ ℓ +∞ −∞ +∞
limn→+∞ vn ℓ′ ±∞ +∞ −∞ −∞
limn→+∞(un + vn) ℓ + ℓ′ ±∞ +∞ −∞ F.I.

Produit limn→+∞(un × vn) (on applique la règle des signes pour ±∞)

limn→+∞ un ℓ ℓ ≠ 0 0 ±∞
limn→+∞ vn ℓ′ ±∞ ±∞ ±∞
limn→+∞(un × vn) ℓ × ℓ′ ±∞ F.I. ±∞

Quotient limn→+∞(un / vn)

limn→+∞ un ℓ ℓ ±∞ ±∞ ℓ ≠ 0 ou ±∞ 0
limn→+∞ vn ℓ′ ≠ 0 ±∞ ℓ′ ±∞ 0 (vn de signe constant) 0
limn→+∞(un / vn) ℓ / ℓ′ 0 ±∞ F.I. ±∞ F.I.
Appliquer les tableaux

  • un = 5 + 3/n² : limn→+∞ 3/n² = 0, donc limn→+∞ un = 5.
  • un = (n + 1)(n² − 4) : limn→+∞ (n + 1) = +∞ et limn→+∞ (n² − 4) = +∞, donc limn→+∞ un = +∞ (produit).
  • un = 4/(n + 7) : le dénominateur tend vers +∞ et le numérateur est constant, donc limn→+∞ un = 0.
  • un = 6/(1/n) = 6n : le dénominateur tend vers 0 en restant positif, donc limn→+∞ un = +∞.

5. Lever une forme indéterminée

Les quatre formes indéterminées sont : +∞ − ∞, 0 × ∞, ∞/∞ et 0/0. Dans ces cas, il faut transformer l’expression avant de calculer la limite.

Méthode 1 : factoriser le terme dominant (polynômes)

Pour un polynôme en n, on met en facteur le terme de plus haut degré. Exemple : un = n² − 5n. On a ∞ − ∞. On écrit un = n²(1 − 5/n). Or limn→+∞ (1 − 5/n) = 1 et limn→+∞ n² = +∞, donc limn→+∞ un = +∞.

Règle : la limite d’un polynôme en n est celle de son terme de plus haut degré.

Méthode 2 : fraction rationnelle

On met en facteur, au numérateur et au dénominateur, la plus grande puissance de n. Exemple : un = (3n² + n)/(n² − 4) = n²(3 + 1/n) / n²(1 − 4/n²) = (3 + 1/n)/(1 − 4/n²). Donc limn→+∞ un = 3/1 = 3.

Règle : la limite d’une fraction rationnelle est celle du quotient des termes de plus haut degré : si les degrés sont égaux, on obtient le quotient des coefficients ; si le degré du numérateur est plus petit, la limite est 0 ; s’il est plus grand, la limite est infinie (signe par la règle des signes).

Méthode 3 : quantité conjuguée (racines)

Pour un = √(n + 3) − √n (forme +∞ − ∞), on multiplie et on divise par la quantité conjuguée √(n + 3) + √n : un = ((n + 3) − n) / (√(n + 3) + √n) = 3/(√(n + 3) + √n). Le dénominateur tend vers +∞, donc limn→+∞ un = 0.

Piège

On n’écrit jamais « +∞ − ∞ = 0 » ni « ∞/∞ = 1 » : ce sont des formes indéterminées dont la valeur dépend de l’expression. Par exemple n² − n et n − n² sont deux formes +∞ − ∞ de limites +∞ et −∞.

6. Comparaison et théorème des gendarmes

Théorème de comparaison

Soit (un) et (vn) deux suites telles que un ≤ vn à partir d’un certain rang.

  • Si limn→+∞ un = +∞, alors limn→+∞ vn = +∞.
  • Si limn→+∞ vn = −∞, alors limn→+∞ un = −∞.

Démonstration de la première propriété. Soit A un réel. Comme limn→+∞ un = +∞, il existe p tel que un ≥ A pour tout n ≥ p. Il existe aussi n0 tel que un ≤ vn pour n ≥ n0. Donc, pour tout n ≥ max(p ; n0), vn ≥ un ≥ A : limn→+∞ vn = +∞.

Théorème des gendarmes

Soit (un), (vn), (wn) trois suites et ℓ un réel. Si, à partir d’un certain rang, vn ≤ un ≤ wn, et si limn→+∞ vn = limn→+∞ wn = ℓ, alors (un) converge et limn→+∞ un = ℓ.

Les deux « gendarmes » vn et wn encadrent la suite (un) et la forcent à les suivre vers ℓ.

2468101214161820-11n(1/n)sin(n)/n(−1/n)

Deux encadrements typiques

(1) un = n + 2 sin(n). Comme −1 ≤ sin(n) ≤ 1, on a un ≥ n − 2. Or limn→+∞ (n − 2) = +∞, donc par comparaison limn→+∞ un = +∞.

(2) un = sin(n)/n pour n ≥ 1. De −1 ≤ sin(n) ≤ 1 on tire, en divisant par n > 0 : −1/n ≤ un ≤ 1/n. Les deux bornes tendent vers 0, donc, d’après le théorème des gendarmes, limn→+∞ un = 0.

Méthode : utiliser les encadrements

On cherche un encadrement de la partie « gênante » (sin, cos, (−1)n, …) : −1 ≤ cos(n) ≤ 1. On multiplie ou on ajoute pour former un (attention aux signes lorsque l’on multiplie !), puis on choisit : une seule minoration (ou majoration) si la limite est infinie, deux bornes de même limite si la suite converge.

7. Suites géométriques

Limite de (qn)

Soit q un réel.

  • Si q > 1 : limn→+∞ qn = +∞.
  • Si q = 1 : la suite est constante égale à 1, donc limn→+∞ qn = 1.
  • Si −1 < q < 1 : limn→+∞ qn = 0.
  • Si q ≤ −1 : la suite (qn) n’a pas de limite.

12345678910-2-1123456nq = 1,2 : tend vers +∞q = 0,8 : tend vers 0q = −0,8 : oscille vers 0

Démonstration

Cas q > 1. On pose q = 1 + a avec a > 0. D’après l’inégalité de Bernoulli, qn ≥ 1 + na. Comme a > 0, limn→+∞ (1 + na) = +∞, donc par comparaison limn→+∞ qn = +∞.

Cas 0 < q < 1. Alors 1/q > 1, donc limn→+∞ (1/q)n = +∞, et qn = 1/(1/q)n tend vers 0.

Cas −1 < q < 0. On a |q|n → 0 d’après le cas précédent, et −|q|n ≤ qn ≤ |q|n : par les gendarmes, limn→+∞ qn = 0.

Limites de suites géométriques

  • un = 5 × (0,6)n : 0 < 0,6 < 1 donc limn→+∞ un = 0.
  • un = 4 − 3 × (1/2)n : limn→+∞ (1/2)n = 0, donc limn→+∞ un = 4.
  • un = −2 × 3n : limn→+∞ 3n = +∞, donc limn→+∞ un = −∞.
Somme des termes d’une suite géométrique

Pour q ≠ 1 : 1 + q + q² + … + qn = (1 − qn+1)/(1 − q). Si −1 < q < 1, cette somme tend vers 1/(1 − q) quand n tend vers +∞ ; si q ≥ 1, elle tend vers +∞. Exemple : 1 + 1/2 + 1/4 + … + 1/2n = 2 − 1/2n tend vers 2.

Piège

Pour une suite géométrique de raison q et de premier terme u0, un = u0 qn. Si u0 < 0 et q > 1, la limite est −∞ (et non +∞) : on multiplie la limite de qn par le signe de u0.

8. Suites monotones et suites récurrentes

Théorème de convergence monotone (admis)

  • Toute suite croissante et majorée converge.
  • Toute suite décroissante et minorée converge.
  • Toute suite croissante non majorée tend vers +∞ (démontré plus haut) ; toute suite décroissante non minorée tend vers −∞.

Attention : le théorème donne l’existence de la limite, pas sa valeur. Le majorant n’est pas la limite.

Passage à la limite dans une récurrence

Soit (un) définie par un+1 = f(un) avec f continue. Si (un) converge vers ℓ, alors ℓ vérifie ℓ = f(ℓ). On résout cette équation pour trouver les valeurs possibles de ℓ.

Étude complète

Soit u0 = 0 et un+1 = √(un + 2).

  1. 0 ≤ un ≤ 2 pour tout n. Initialisation : u0 = 0. Hérédité : si 0 ≤ un ≤ 2, alors 2 ≤ un + 2 ≤ 4, donc √2 ≤ un+1 ≤ 2 (la racine est croissante), donc 0 ≤ un+1 ≤ 2.
  2. (un) est croissante. un+1 − un = (un + 2 − u_n²)/(√(un + 2) + un) = (2 − un)(1 + un)/(√(un + 2) + un) ≥ 0, car 0 ≤ un ≤ 2.
  3. Convergence. (un) est croissante et majorée par 2 : elle converge vers un réel ℓ.
  4. Valeur de ℓ. ℓ = √(ℓ + 2), donc ℓ ≥ 0 et ℓ² = ℓ + 2, soit ℓ² − ℓ − 2 = 0, dont les racines sont −1 et 2. Comme ℓ ≥ 0, ℓ = 2.

ℓ = 224681012123n

9. Algorithmes de seuil en Python

Savoir qu’une suite tend vers +∞ garantit qu’elle dépassera n’importe quel seuil ; un algorithme permet de trouver le premier rang où cela se produit. On utilise une boucle while tant que la condition n’est pas réalisée.

Seuil pour une suite explicite ou récurrente

On veut le plus petit entier n tel que un > 1 000 pour u0 = 2 et un+1 = 1,5 un + 1.

def seuil(S):
    n = 0
    u = 2
    while u <= S:
        u = 1.5 * u + 1
        n = n + 1
    return n

print(seuil(1000))

La boucle s’arrête dès que u > S, et n contient alors le premier rang qui convient. Pour une suite qui tend vers 0 ou vers une limite ℓ, on change la condition (par exemple while abs(u - 5) >= 0.001).

Piège

La condition du while est celle pour continuer, c’est la négation de ce que l’on cherche : pour trouver u > S, on écrit while u <= S. Pense aussi à vérifier à la main le rang obtenu : un doit dépasser le seuil, et un−1 non.

Pour une suite géométrique décroissante comme un = 200 × 0,9n, la boucle while u >= 5 donne n = 36 : on a bien 200 × 0,936 < 5 alors que 200 × 0,935 ≥ 5.

À retenir

  • limn→+∞ un = +∞ : un dépasse tout réel A à partir d’un certain rang ; limn→+∞ un = ℓ : un finit par rester dans tout intervalle ouvert autour de ℓ.
  • Références : n, n², √n → +∞ ; 1/n, 1/n², 1/√n → 0.
  • Un polynôme se comporte comme son terme de plus haut degré ; une fraction rationnelle comme le quotient des termes dominants.
  • Formes indéterminées : +∞ − ∞, 0 × ∞, ∞/∞, 0/0. On factorise, on simplifie ou on utilise la quantité conjuguée.
  • Comparaison : un ≤ vn et un → +∞ ⇒ vn → +∞. Gendarmes : vn ≤ un ≤ wn, vn et wn → ℓ ⇒ un → ℓ.
  • q > 1 : qn → +∞ ; −1 < q < 1 : qn → 0 ; q ≤ −1 : pas de limite.
  • Croissante majorée (ou décroissante minorée) ⇒ convergente ; la limite ℓ d’une suite un+1 = f(un) vérifie ℓ = f(ℓ).
  • Un algorithme de seuil utilise une boucle while dont la condition est la négation de l’objectif.