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Loi binomiale : cours de maths Terminale

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Cours de maths Terminale : cours de maths Terminale

Sur dix lancers francs, combien de paniers ? Dans un lot de 50 pièces, combien de défectueuses ? Parmi 1 000 personnes interrogées, combien préfèrent la même marque ? Dans chaque cas, on répète la même expérience aléatoire à deux issues et on compte les succès. La loi binomiale est l’outil qui permet de calculer toutes les probabilités associées. En Terminale, tu la maîtrises à fond : formule, calculatrice, Python, espérance et variance, seuils et intervalles de probabilité.

1. Épreuve et schéma de Bernoulli (rappels)

Épreuve de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli de paramètre p (0 ≤ p ≤ 1) est une expérience aléatoire qui n’a que deux issues : le succès S, de probabilité p, et l’échec E = S̅, de probabilité 1 − p.

Schéma de Bernoulli

Un schéma de Bernoulli de paramètres n et p est la répétition de n épreuves de Bernoulli de même paramètre p, identiques et indépendantes. Une issue du schéma est une liste de n résultats, par exemple SEESE pour n = 5.

Exemple

Une basketteuse réussit un lancer franc avec la probabilité 0,6, quel que soit le lancer. Elle en tire trois. Chaque lancer est une épreuve de Bernoulli (succès : « le panier est marqué », p = 0,6) et les trois lancers sont indépendants. L’arbre ci-dessous montre les 8 issues possibles.

p1−pp1−pp1−pp1−pp1−pp1−pp1−pSSS (3 succès)SSE (2 succès)SES (2 succès)SEE (1 succès)ESS (2 succès)ESE (1 succès)EES (1 succès)EEE (0 succès)

Par indépendance, la probabilité d’une issue est le produit des probabilités le long de la branche. Pour SES : 0,6 × 0,4 × 0,6 = 0,144. Toute issue à 2 succès et 1 échec a la même probabilité, quel que soit l’ordre : 0,6² × 0,4 = 0,144.

2. Coefficients binomiaux

Coefficient binomial

Pour 0 ≤ k ≤ n, le coefficient binomial C(n ; k) (« k parmi n », noté aussi avec n au-dessus de k) est le nombre de chemins de l’arbre d’un schéma de Bernoulli à n épreuves qui réalisent exactement k succès. Autrement dit, c’est le nombre de façons de choisir les k positions des succès parmi les n épreuves.

Propriétés

  • C(n ; 0) = C(n ; n) = 1 et C(n ; 1) = C(n ; n − 1) = n.
  • Symétrie : C(n ; k) = C(n ; n − k).
  • Relation de Pascal : C(n ; k) + C(n ; k + 1) = C(n + 1 ; k + 1).
  • C(n ; k) = n! ÷ (k! × (n − k)!), avec n! = 1 × 2 × … × n.
  • Somme d’une ligne : C(n ; 0) + C(n ; 1) + … + C(n ; n) = 2n.

La relation de Pascal se comprend sur l’arbre : pour avoir k + 1 succès en n + 1 épreuves, soit la dernière épreuve est un succès (il faut alors k succès avant : C(n ; k) chemins), soit c’est un échec (il faut k + 1 succès avant : C(n ; k + 1) chemins). Elle construit le triangle de Pascal.

11112113311464115101051n = 0n = 5

Exemple

C(5 ; 2) = 5! ÷ (2! × 3!) = (5 × 4) ÷ (2 × 1) = 10, valeur entourée dans le triangle. Vérification avec Pascal : C(4 ; 1) + C(4 ; 2) = 4 + 6 = 10.

Astuce calculatrice

Sur la calculatrice, C(n ; k) s’obtient avec la touche « nCr » (Casio, TI) ou « binomial(n, k) » (NumWorks). En Python : from math import comb puis comb(n, k).

3. La loi binomiale B(n ; p)

Loi binomiale

On répète n fois, de façon identique et indépendante, une épreuve de Bernoulli de paramètre p. La variable aléatoire X qui compte le nombre de succès suit la loi binomiale de paramètres n et p, notée B(n ; p). Ses valeurs possibles sont 0, 1, …, n.

Théorème

Si X suit B(n ; p), alors pour tout entier k tel que 0 ≤ k ≤ n :

P(X = k) = C(n ; k) × pk × (1 − p)n − k

Démonstration. Dans l’arbre du schéma de Bernoulli, un chemin qui comporte exactement k succès et n − k échecs a pour probabilité pk(1 − p)n − k (produit le long de la branche, épreuves indépendantes). Il y a C(n ; k) chemins de ce type, et ils correspondent à des événements deux à deux incompatibles. On additionne leurs probabilités, d’où la formule.

Exemple résolu

Reprenons la basketteuse (p = 0,6, n = 3) et notons X le nombre de paniers : X suit B(3 ; 0,6).

P(X = 2) = C(3 ; 2) × 0,6² × 0,4 = 3 × 0,36 × 0,4 = 0,432.

P(X = 3) = 0,6³ = 0,216 ; P(X = 0) = 0,4³ = 0,064.

Piège

N’oublie pas le coefficient C(n ; k) : sans lui, tu ne comptes qu’un seul chemin. Et n’écris jamais (1 − p)k à la place de (1 − p)n − k : l’exposant des échecs est n − k.

Comme les événements {X = 0}, …, {X = n} forment une partition de l’univers, la somme des probabilités vaut 1. C’est exactement la formule du binôme : (p + (1 − p))n = 1.

4. Reconnaître et justifier une loi binomiale

Méthode : justifier que X suit une loi binomiale

  1. Identifier l’épreuve répétée et ses deux issues : définir clairement le succès et sa probabilité p.
  2. Vérifier que les n répétitions sont identiques (même p à chaque fois) et indépendantes.
  3. Conclure : « X, nombre de succès, suit la loi B(n ; p) avec n = … et p = … ».
Exemple

Une urne contient 3 boules rouges et 7 noires. On tire 8 boules avec remise. Le succès « tirer une rouge » a pour probabilité 0,3 à chaque tirage, les tirages sont indépendants grâce à la remise : le nombre de boules rouges suit B(8 ; 0,3). Sans remise, la composition de l’urne change : les tirages ne sont plus indépendants et la loi n’est pas binomiale.

Piège : population très grande

Quand on prélève un petit échantillon dans une très grande population (un lot de 20 pièces dans une production de 100 000), le tirage sans remise est assimilé à un tirage avec remise : la proportion change de façon négligeable. On dit alors « on assimile à un schéma de Bernoulli », et l’énoncé le précise.

Observe l’allure des diagrammes en bâtons : pour p = 0,3 et n = 10, la loi est « penchée » vers la gauche, avec un maximum en k = 3. Le diagramme de B(10 ; 0,7) serait son symétrique par rapport à k = 5.

00,10,20,3012345678910k — loi B(10 ; 0,3)

Position du maximum

Pour 0 ≤ k < n, le rapport P(X = k + 1) ÷ P(X = k) vaut (n − k)p ÷ ((k + 1)(1 − p)). Les probabilités augmentent tant que ce rapport dépasse 1, c’est-à-dire tant que k + 1 ≤ (n + 1)p. Le mode (valeur la plus probable) est donc la partie entière de (n + 1)p.

5. Calculer des probabilités : P(X = k), P(X ≤ k) et autres

La calculatrice donne deux fonctions : la densité P(X = k) (« BinomialPD » ou « binomFdp » ou « binomial_pdf ») et la répartition P(X ≤ k) (« BinomialCD » ou « binomFRép »). Il faut savoir ramener toute probabilité à ces deux-là.

Probabilité cherchée Écriture avec P(X ≤ k)
P(X < k) P(X ≤ k − 1)
P(X ≥ k) 1 − P(X ≤ k − 1)
P(X > k) 1 − P(X ≤ k)
P(a ≤ X ≤ b) P(X ≤ b) − P(X ≤ a − 1)
Exemple résolu

X suit B(10 ; 0,3). Valeurs arrondies au millième :

  • P(X = 2) = C(10 ; 2) × 0,3² × 0,78 = 45 × 0,09 × 0,78 ≈ 0,233.
  • P(X ≤ 2) = P(X = 0) + P(X = 1) + P(X = 2) ≈ 0,383.
  • P(X ≥ 3) = 1 − P(X ≤ 2) ≈ 0,617.
  • P(2 ≤ X ≤ 5) = P(X ≤ 5) − P(X ≤ 1) ≈ 0,803.
Méthode : le même calcul en Python

from math import comb

def proba(n, p, k):
    return comb(n, k) * p**k * (1 - p)**(n - k)

def repartition(n, p, k):
    total = 0
    for i in range(k + 1):
        total = total + proba(n, p, i)
    return total

print(proba(10, 0.3, 4))
print(repartition(10, 0.3, 4))

Ce programme affiche P(X = 4) ≈ 0,2001 puis P(X ≤ 4) ≈ 0,8497 pour X suivant B(10 ; 0,3).

Piège : strict ou large ?

« Au moins 3 » signifie X ≥ 3 ; « plus de 3 » signifie X > 3, soit X ≥ 4. Traduis toujours l’énoncé en inégalité avant de calculer, et pour un complémentaire, n’oublie pas de décaler d’un cran : P(X ≥ 3) = 1 − P(X ≤ 2).

6. Espérance, variance et écart type

Théorème

Si X suit B(n ; p), alors :

  • E(X) = np ;
  • V(X) = np(1 − p) ;
  • σ(X) = √(np(1 − p)).

Démonstration de E(X) = np. On pose q = 1 − p. Par définition, E(X) = Σ k C(n ; k) pkqn − k (somme pour k de 0 à n). Le terme k = 0 est nul. Pour k ≥ 1, on utilise k C(n ; k) = n C(n − 1 ; k − 1) (vérifie avec les factorielles). Ainsi E(X) = np × Σ C(n − 1 ; k − 1) pk − 1q(n − 1) − (k − 1), avec k − 1 allant de 0 à n − 1. La somme est celle des probabilités de la loi B(n − 1 ; p) : elle vaut 1. Donc E(X) = np.

Pour la variance (admise), on écrit X = X1 + … + Xn, où chaque Xi vaut 1 en cas de succès et 0 sinon. Chaque Xi a pour espérance p et pour variance p(1 − p) ; les Xi sont indépendantes, donc les variances s’ajoutent : V(X) = np(1 − p).

Exemple résolu

Un joueur réussit un coup franc avec la probabilité 0,8 et en tente 25 : X suit B(25 ; 0,8). E(X) = 25 × 0,8 = 20 paniers en moyenne ; V(X) = 25 × 0,8 × 0,2 = 4 ; σ(X) = √4 = 2.

À savoir

Si Y = aX + b, alors E(Y) = aE(X) + b et V(Y) = a²V(X). Pratique pour un gain : un jeu à n parties où chaque succès rapporte a euros pour une mise totale m a pour gain G = aX − m.

La variance np(1 − p) est maximale pour p = 0,5, car p(1 − p) ≤ 14 (la quantité 1/4 − p(1 − p) vaut (p − 0,5)², toujours positive). Un schéma « équilibré » est donc le plus dispersé.

7. « Au moins un succès » et recherche de seuil

Propriété

Si X suit B(n ; p), alors P(X ≥ 1) = 1 − P(X = 0) = 1 − (1 − p)n. Cette probabilité augmente avec n et tend vers 1.

Méthode : trouver le plus petit n tel que P(X ≥ 1) ≥ 0,95

Chaque pièce d’une machine est défectueuse avec la probabilité 0,05. Combien de pièces faut-il contrôler pour avoir au moins 95 % de chances de trouver au moins une défectueuse ?

  1. On traduit : 1 − 0,95n ≥ 0,95, soit 0,95n ≤ 0,05.
  2. On applique le logarithme népérien (fonction croissante) : n ln(0,95) ≤ ln(0,05).
  3. Comme ln(0,95) < 0, on change le sens : n ≥ ln(0,05) ÷ ln(0,95) ≈ 58,40.
  4. Conclusion : il faut au minimum 59 pièces.

On peut aussi chercher le seuil par tâtonnement à la calculatrice (tableau de valeurs) ou avec un programme :

def seuil(p, cible):
    n = 1
    while 1 - (1 - p)**n < cible:
        n = n + 1
    return n

print(seuil(0.05, 0.95))

Ce programme renvoie 59. Vérifions : 1 − 0,9558 ≈ 0,949 < 0,95 et 1 − 0,9559 ≈ 0,952 ≥ 0,95.

Piège

En résolvant une inéquation avec ln(1 − p), souviens-toi que ce logarithme est négatif : on divise par un négatif, donc le sens de l’inégalité s’inverse.

8. Intervalle de probabilité, fluctuation et concentration

Quand X suit B(n ; p), les valeurs de X « raisonnables » se concentrent autour de E(X). Un intervalle de fluctuation au seuil de 95 % est un intervalle [a ; b] d’entiers tel que P(a ≤ X ≤ b) ≥ 0,95.

Méthode : déterminer l’intervalle de fluctuation

  1. a est le plus petit entier tel que P(X ≤ a) > 0,025.
  2. b est le plus petit entier tel que P(X ≤ b) ≥ 0,975.
  3. On a alors P(a ≤ X ≤ b) ≥ 0,95.

On balaie les valeurs de k avec un tableau de valeurs de la calculatrice ou une boucle Python.

Exemple

Pour X suivant B(100 ; 0,5), on trouve a = 40 et b = 60. Ainsi P(40 ≤ X ≤ 60) ≈ 0,965 ≥ 0,95 : sur 100 lancers d’une pièce équilibrée, il est très probable d’obtenir entre 40 et 60 « face ». Obtenir 70 « face » serait donc très surprenant.

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev (admise)

Pour tout réel δ > 0 : P(|X − E(X)| ≥ δ) ≤ V(X) ÷ δ². Elle donne un majorant sans calculer la loi exacte.

Exemple

X suit B(100 ; 0,5) : E(X) = 50, V(X) = 25. Avec δ = 15 : P(|X − 50| ≥ 15) ≤ 25 ÷ 225 = 19 ≈ 0,111. Donc P(35 < X < 65) ≥ 1 − 19 = 89 ≈ 0,889. La valeur exacte, P(36 ≤ X ≤ 64) ≈ 0,9965, est bien supérieure : l’inégalité est valable mais peu fine.

Mathbot

Salut, je suis Mathbot ! Retiens ce réflexe : le coefficient binomial compte les chemins, la puissance donne leur probabilité, et le complémentaire te sauve dès que tu lis « au moins ».

9. Simuler et programmer une loi binomiale

On peut simuler X en répétant n fois une épreuve de Bernoulli avec random.random(), qui renvoie un nombre aléatoire de [0 ; 1[. Avec N simulations, la fréquence observée d’un événement s’approche de sa probabilité (loi des grands nombres).

import random

def binomiale(n, p):
    s = 0
    for i in range(n):
        if random.random() < p:
            s = s + 1
    return s

N = 10000
compteur = 0
for j in range(N):
    if binomiale(20, 0.4) >= 10:
        compteur = compteur + 1
print(compteur / N)

Ce programme estime P(X ≥ 10) pour X suivant B(20 ; 0,4). La vraie valeur est ≈ 0,245 : la simulation s’en approche, sans jamais être exacte, et deux exécutions donnent des résultats légèrement différents.

À retenir

  • Schéma de Bernoulli : n épreuves à deux issues, identiques et indépendantes, de probabilité de succès p.
  • X = nombre de succès suit B(n ; p) et P(X = k) = C(n ; k) pk(1 − p)n − k.
  • C(n ; k) = n! ÷ (k!(n − k)!) ; symétrie ; relation de Pascal ; somme d’une ligne = 2n.
  • Sans remise dans une petite population, la loi n’est pas binomiale.
  • Tout se ramène à P(X ≤ k) : P(X ≥ k) = 1 − P(X ≤ k − 1).
  • E(X) = np, V(X) = np(1 − p), σ(X) = √(np(1 − p)).
  • P(X ≥ 1) = 1 − (1 − p)n ; seuil par logarithme (attention au sens de l’inégalité), tableau ou Python.
  • Intervalle de fluctuation à 95 % : a = plus petit entier avec P(X ≤ a) > 0,025, b = plus petit entier avec P(X ≤ b) ≥ 0,975.
  • Bienaymé-Tchebychev : P(|X − E(X)| ≥ δ) ≤ V(X) ÷ δ².